Samedi 21 janvier 2006
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Non, je ne peints pas, et mes dessins au crayon n’ont rien du style impressionniste... Non, je veux parler de mon fonctionnement : j’ai un cerveau impressionniste. Avec ses avantages et inconvénients.
* L’impressionnisme cérébral
Mon cerveau est impressionniste, il ne retient que ce qui l’impressionne ou le frappe, et le reste reste flou bien que le tabeau soit clair vu dans son ensemble. En fait, ce n’est pas un phénomène rare. Par exemple, après avoir vu un film, on se rappelle à peu près de l’histoire, on se rappelle très bien de la morale, mais on ne se rappelle plus des noms des personnages. Ou bien, après une dispute, on ne se rappelle plus de toutes les répliques, on se rappelle très bien des enjeux, et quelques temps plus tard on ne se rappelle même plus du déroulement exact. C’est ça l’impressionnisme : on voit parfaitement la globalité et son sens, mais si l’on désire se rapprocher du tableau, les détails nous échappent, et on ne les rattrappe que difficilement, après une plongée laborieuse dans l’inconscient.
* Le dilemme de l’impressionniste
S’exprimer dans la société, voilà une chose pas évidente. C’est comme pour peindre un tableau style impressionnisme : lorqu’on se trouve loin du tableau, le paysage dévoile son sens, mais on est alors trop loin pour peindre (participer, s’exprimer) ; à l’inverse, lorsqu’on se trouve près du tableau, on peut atteindre le tableau avec son pinceau (parler), mais on n’a plus le recul nécessaire pour donner à l’oeuvre tout son sens et sa subtilité. Rester lucide tout en s’impliquant dans des discussions n’est donc pas chose facile, mais ça peut venir avec de l’entraînement.
* Le puzzle de l’impressionniste
Ma mémoire est impressionniste, il lui faut du temps pour retrouver la position de chaque détail. C’est pourquoi j’écris cent fois mieux que je ne parle : lorque je m’exprime à l’écrit, j’ai de temps de réfléchir, de faire mûrir mes idées et de les attrapper. En fait, mes idées n’apparaissent que sous la forme d’un nuage blanc, le contenu est parfaitement clair, mais ce qui est difficile c’est de trouver les mots adéquats pour l’exprimer. En outre, ma langue spontannée étant le Chinois, la syntaxe française et le vocabulaire français me freinent terriblement dans mes élans, du moins à l’oral. Mais l’autre problème majeur, c’est que une fois mon idée visualisée dans son ensemble, j’oublie très facilement de parler de certains détails qui ont pourtant une valeur déterminante. A l’écrit, ce n’est pas vraiment un problème, étant donné que j’ai le temps d’attrapper les majeurs bouts de l’idée _même si ce n’est que quelques secondes de réflexion de plus_ , mais à l’oral, c’est une vraie catastrophe : quand les autres reprennent la parole, la discussion change de direction, alors soit je perds le fil de mon idée, soit je n’ai plus l’occasion d’exposer mon idée. Exprimer une idée, c’est comme monter en direct les pièces du puzzle devant l’interlocuteur, il faut d’abord trouver les pièces du puzzle, puis ne pas oublier les pièces cruciales, et enfin les monter avec cohérence. Pour moi, écrire, c’est monter le puzzle sur une table stable, et parler c’est le monter sur une table penchée à 45 degrés.
BN : un oekaki fait le 20/11/2002 en 51 minutes (je devais avoir 16 ans à l'époque), c'est jusqu'ici la seule tentative d'un semblant d'impressionnisme.